01.06.2008
Combien suis-je ?
Éditeur, c’est un métier. Mais ce n’est pas le mien, puisque je n’en vis pas. Pourtant, je m’agite, j’agis, je me consacre, sinon éditeur, du moins à l’édition. Sauf que, si j’examine une à une les tâches qui m’absorbent, je me pose des questions.
Prenons les choses dans le désordre (sur ma table de travail, c’est plus facile) :
- Je colle des enveloppes, et des timbres sur icelles, j’expédie mes livres aux quatre coins de l’hexagone (j’ai peu de libraires dans le sud-est et dans le nord). C’est un travail de distributeur. Pour la Suisse, le Canada, la Belgique, etc. je suis exportateur.
- Je prospecte des libraires, leur présente mes nouveautés, fait le point des dépôts, gère les retours. Je suis diffuseur.
- Je dors dans des Formule 1, je mange des sandwiches dans la rue en attendant l’ouverture des magasins ; je suis représentant.
- Je tiens mes stocks, établis des factures, paye mon imprimeur, fais des bilans pour remplir ma déclaration d’impôts : je suis comptable.
- Je hante les salons du livre, reste planté derrière ma table ou m’enflamme avec le chaland qui passe, on parle livres (pas seulement des miens), écriture, écrivains : je suis libraire.
- Je relance les journalistes, j’envoie des services de presse, conçois, compose et rédige des dossiers de presse : je suis attaché de presse.
- Je charge et je décharge des cartons d’un véhicule garé en double file, tous warnings clignotant, en m’excusant auprès de l’automobiliste qui me klaxonne en m’injuriant : je suis chauffeur-livreur.
- Je lis des manuscrits, soupèse, imagine, rêve, repousse les uns, relis une deuxième fois les autres, je suis lecteur, voire comité de lecture.
- Je retravaille le manuscrit avec son auteur, je suggère des retouches, veille à la correction orthographique, syntaxique. Je suis rewriter, correcteur, parfois un peu nègre.
- Je mets à jour le site internet des éditions, je suis webmestre.
- Je trouve une cohérence dans les titres publiés, j’indique une ligne de force dans mes choix, sollicite des auteurs, suscite des textes, je suis directeur de collection.
- Je saisis le texte sur mon ordinateur, je mets en page, j’équilibre les lignes, je chasse les veuves, réunis les orphelines, force ou interdis les coupures de mots. Je suis…
- Je conçois des couvertures, je retouche des images, à l’occasion je prends des photos, je choisis une typo pour le titre, je place les blocs sur la quatrième de couverture. Je suis…
- Je lis des extraits dans les bibliothèques, les fêtes du livre, je déclame dans la rue, je suis…
- J’interviewe mes auteurs à la radio, dans les bibliothèques, dans des revues, je m’aperçois que le journal a repris intégralement le dossier de presse, je suis…
- J’appose ma signature au bas d’un contrat standard, je règle des droits d’auteur, je suis… je suis… mais oui, je suis éditeur ! Je l’ai déjà été 24 fois depuis quatre ans.
Mais ce n’est pas mon vrai métier. Pas le temps…
10:26 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Très bon et très vrai...
Cependant, attention tout de même à ne pas crier trop fort que tu te donnes corps et âme envers une activité non rémunératrice.
Les gens bien ne pourraient pas comprendre.
Ecrit par : Dave | 02.06.2008
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