07.11.2008

Un peu de concentration, s’il vous plait

 

 

Le monde du livre est en pleine déliquescence. Le secteur risque l’implosion (ou l’explosion, incapable de différencier ces termes, je ne saurais choisir lequel convient le mieux ici). Tous les jours, des olibrius se targuent d’écrire, des chars d’assaut dégagent à la hâte un « espace culturel », des pignoufs tombés du dernier loft se la jouent critique littéraire, des rastaquouères s’improvisent éditeurs, à tel point qu’un lecteur n’y retrouve pas ses mots.

 

Heureusement, quelques têtes bien penchantes ont pris le problème à bras le corps. Il faut pro-fes-sion-na-li-ser le secteur. Pour apurer le système, concentrer l’attention (et les moyens), il suffit de placer judicieusement quelques garde-fous de nature à protéger le public des nuisances, du bruit sémantique que représente cette incontrôlable diversité.

 

Certaine capitale des Gaules a ainsi eu l’idée d’improviser une fête des livres sous la tente dont seraient explicitement exclus ceux qui doivent travailler pour vivre (quelle idée, aussi !). Restons entre gens de lard, ne tolérons les grouillots qu’en ce qu’ils accepteront de se délester de leur paye à la caisse. En stipulant que seuls pourront exposer les éditeurs en mesure de faire le beau derrière leur stand à l’heure du passage du Conseiller général, de l’adjoint au maire et du localier commis d’office, heure qu’on aura pris soin de placer à un moment où ça trime, le vendredi matin, par exemple, les organisateurs se débarrassent d’un coup de tous les éditeurs du samedi-dimanche (et des nuits de la semaine), de tous les mal fagotés, des hirsutes, des incontrôlables, des pas beaux, des petits tirages.

 

Faute de pouvoir être présent à l’ouverture, Rhubarbe s’est donc vu signifier, par téléphone, trois heures avant le départ du train, et non sans quelque secrète délectation dans la voix, que ses tables réservées seraient démantelées et dispersées afin que le souvenir s’en perde à jamais et que ce n’était pas la peine de venir. Adieu titres de transport, nuits d’hôtels réglées d’avance pour économiser trois francs six sous (quelle mesquinerie, là encore !) et prétention de vendre quelques livres… Faites place aux (vrais) livres !