24.01.2009

l'éditeur est un homme

Sait-on jamais dans quoi l’on s’engage ? Sait-on même dans quoi l’on aimerait s’engager ?

L’édition est une boite de punaises et l’éditeur un pantin désarticulé, masse informe sans énergie, sans volonté, sans dynamique. Chaque nouveau livre qui parait, chaque nouveau manuscrit accepté me fixe au mur, un genou levé, un bras en posture peu académique, un port de tête à désespérer les ostéopathes. Au bout du compte, j’ai l’air d’avoir des projets, je me fixe un avenir en forme de plan comptable. Je suis tenu par mes engagements (et, honnêtement, je crois m’y tenir) mais je ne saurai jamais si, laissé libre de mes mouvements, avachi au sol contre la plinthe, je me fusse élevé par moi seul, mu par une autre nécessité, si j’eusse occupé la place autrement, ailleurs.

Mieux peut-être…

Et l’édition de livres n’est pas la seule activité de l’éditeur. Ici et là, il travaille aussi, rencontre, mange, aime, investit de l’émotion, des sentiments, des intérêts. Il adhère à des associations, accepte des responsabilités culturelles, politiques, syndicales, que sais-je encore ? Punaises que tout cela ? Aussi ?

Délivré de toute obligation, tenu par rien, libre de mes jours et de mes nuits, qu’en ferais-je ? Rien sans doute, c’est probable. Tout au moins dans un premier temps. Mais après ? Je ne le saurai pas.

Editer, c'est refuser de se regarder dans un miroir. Pour le meilleur et pour le pire.

Commentaires

Ils sont 499 sur 500 et pourtant ils existent –ceux qu’on n’édite pas…

J’applaudis les éditeurs qui précisent d’emblée ne plus accepter de textes –presque leur ex-libris…Ils font gagner du temps à eux-mêmes, aux auteurs mais pas seulement, aux lecteurs aussi car un texte sans intérêt peut toujours franchir le barrage de l’excellence, lui faire la nique, par la voie postale ou par les p’tits bits de l’Internet. Donc c’est une bonne idée, il faut l’étendre… Aux boulangeries, par exemple –en refusant les clients au dessus d’un certain seuil afin d’éviter les queues sur le trottoir ; les hôpitaux le font déjà très bien… Les transports en commun devraient embrayer : fermer les stations dès que toutes les places assises sont occupées. Stop ! On ne prend plus de voyageurs ! Ne parlons pas de l’industrie qui n’a pas attendu les éditeurs pour se lancer sur l’autoroute de l’extermination : auteurs et chômeurs dans la tranchée ! Tous ces top-pleins d’humains montrent combien une régulation des naissances est nécessaire…Après tout, les malades qu’on ne soigne pas n’ont qu’à pas être malades, les travailleurs sans travail peuvent changer de branche, les auteurs qu’on ne publie pas n’ont pas besoin d’écrire…D’une certaine manière, et vu sous cet angle, tant de métiers, parmi lesquels celui d’éditeur bien sûr, embellissent l’humanité ! Vous voyez, vous participez au bonheur de chacun, c’est pas donné à tout le monde !

Fabrice

Ecrit par : marzuolo | 12.02.2009

Ecrire un commentaire