19.06.2009
écrire
Quand il n'édite pas, l'éditeur écrit.
Vient de paraître : le 18e volume de l'anthologie annuelle de littérature fantastique Le Codex Atlanticus (ed. La Clef d'argent), avec une nouvelle inédite de Alain Kewes, le sympathique éditeur de Rhubarbe. La nouvelle en question s'appelle "le Potager révélateur" et n'est pas sans cligner tapageusement de l'oeil à un certain Poe, obscur mais génial écrivaillon du 19e siècle américain.
Le tout vaut 10 euros et peut être trouvé en librairie ou directement chez l'éditeur, 22 avenue Georges Pompidou 39100 Dole.

Quand on y pense... Un obscur pressentiment, largement partagé, sussure que derrière tout éditeur se cacherait un auteur déçu, ou frustré, ou raté, tout comme chacun sait que les journalistes sont des écrivains ratés ou des politiciens pusillanimes, et les enseignants des chercheurs restés en herbe, et les chercheurs... Enfin, vous savez bien ce qui se dit.
Qu'en est-il ? Ecrire et éditer, pour reprendre le titre d'un magazine précieux auquel j'ai eu le plaisir de collaborer (ce n'est pas pour cela qu'il était précieux, cependant), sont ils de même nature ? exclusifs l'un de l'autre ? complémentaires ?
La question est si vaste que je ne manquerai pas de lui consacrer un article un jour ou l'autre. Sans y répondre, croyez-le bien.
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29.05.2008
big bang, big crunch
Chacun a entendu parler du modèle cosmologique du Big Bang. Beaucoup savent que son pendant théorique est le Big Crunch, contraction après expansion, et vice-versa en une conception d’éternel retour, de « plus ça change, plus c’est la même chose ».
Rapporté à la situation du livre et de ses avatars numériques et virtuels, on pensera spontanément vivre une phase d’expansion : voilà qu’avec internet, le livre s’enfle et se répand à l’infini, quitte à se dématérialiser, à disperser sa matière mais c’est pour la bonne cause, l'essaimage du vide des consciences avides de lire. On nous dit assez que la toile est un forum, une foire de la communication tous azimuts. L’internet ouvre des horizons, élargit le cercle, multiplie les connexions, toutes métaphores expansionnistes.
Et si c’était l’inverse ?
Il y eut un temps où l’auteur, avant d’écrire, devait apprêter son support, tailler sa plaque de marbre, cuire sa tablette d’argile, fabriquer son parchemin ou son papier. Après quoi, il copiait son texte et, l’opération terminée, il rangeait son « livre » sur une étagère de sa bibliothèque personnelle et passait au suivant. Il était son seul véritable lecteur. Des philosophes d’Athènes aux troubadours du Moyen-âge, la communication, la transmission était essentiellement orale. Au Moyen-âge (sans doute avant), des copistes entreprirent de multiplier les exemplaires du livre originel. De l’hébreu, de l’araméen ou du grec au latin, ils se firent traducteurs. Avec l’invention de l’imprimerie, le processus s’accéléra. Des professions intermédiaires apparurent : imprimeurs, colporteurs, libraires. La glose s’en mêla et les critiques, lecteurs spécialisés, passeurs non de l’objet mais de son contenu, firent la preuve de leur utilité. Petit à petit, l’auteur s’éloigna du lecteur. Tout cela prit du temps. Au 19e siècle encore, les éditeurs étaient à la fois imprimeurs et libraires. Mais enfin, vaille que vaille, le livre se diffusait, dans l’entourage, la ville, le pays, le monde. Il restait cher et les lecteurs n’étaient pas nombreux. L’ouverture des bibliothèques publiques après la Révolution, Les progrès de l’instruction, l’apparition du concept de livre de poche, du livre économique, élargirent le cercle. Dans les années 60, 70, 80, l’univers du livre était à son point d’expansion maximal, on rêvait d’une culture pour tous. De l’auteur au lecteur, il mettait à contribution des dizaines de métiers, artisans, industriels, plus ou moins concernés par le contenu mais qui en vivaient : illustrateurs, graphistes, photocomposeurs, typographes, soldeurs, distributeurs, caristes, maquettistes, correcteurs et bien sûr, éditeurs.
Avec l’avènement de l’informatique, des métiers commencèrent à disparaître. On n’eut plus besoin de clavistes (Ah ! les fameuses NDLC de Libé !), bientôt les typographes furent au rencart, Bill Gates proposa des compositions clé-en-mains, des correcteurs d’orthographe, des textures et un dictionnaire de synonymes. L’imprimante crachait ses pages. Puis vint l’internet. On n’eut plus réellement besoin de critiques, le livre allait directement au consommateur qui, bouche à oreilles aidant, se faisait son meilleur passeur. Avec les textes en ligne, c’est l’éditeur et son filtre qui devinrent superfétatoires, l’imprimeur et ses délais, son seuil minimum de tirage. Les libraires souffrirent. En quelques années, le nombre des intermédiaires entre auteur et lecteur a fondu comme peau de chagrin. Aujourd’hui enfin, l’auteur configure sa box ADSL, fait le ménage sur son blog perso et y aligne soigneusement ses textes rédigés avant de passer au suivant. De temps à autres, lui ou un de ses amis va scander des vers dans un café du coin. Le lecteur est redevenu auditeur.
Vous avez dit Big Bang ?
20:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
28.05.2008
éditer pour coucher
- Pour manger. La note précédente dit assez combien peu l'édition nourrit. N'y pensons plus.
- Pour se défendre, éloigner un danger, effrayer un rival, pour survivre. L'édition peut certainement jouer ce rôle. On édite pour se singulariser, marquer son territoire, déposer ses précieuses crottes dans le maximum de points de vente, intimider les concurrents. Pour dire JE (ou nous, si l'on est une école, un cercle d'amis, une congruence d'intérêts...) Du haut de son catalogue on toisera les autres en manifestant par de suggestives mimiques combien peu on les tient en estime. Si l'on est vraiment fort, cela fonctionne assez bien.
- Pour séduire et, in fine, se reproduire. C'est clairement mon projet, nonobstant les doutes sur l'efficacité de l'entreprise. Car il n'est pas certain que brandir, mettre en avant, un bel étalon pour séduire l'autre si ce vocable cache un féminin, une lionne si c'est l'inverse, ait jamais produit le résultat escompté dans la longue préhistoire de l'humanité. J'imagine que dans la plupart des cas, c'est l'étalon en question (disons, l'auteur, pour en revenir à la littérature) qui raflait la mise. Dans le reste des cas, la belle devait s'enfouir en pouffant. Peut-on séduire en éditant, non pas ses propres textes (mélange des genres qui fausse les données du problème) mais en constituant petit à petit un catalogue ? Editer est-il un acte de création ? Une oeuvre ? L'éditeur est-il, peut-il se considérer comme un agrégateur de textes, délocalisant sa production, sous-traitant son écriture pour ne se concentrer que sur l'assemblage final ? D'Eric Losfeld, d'Hubert Nyssen, de Jérôme Lindon ou de tel ou tel de leurs auteurs, si l'on excepte les figures emblématiques, lesquels ont séduit ?
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